EFSA : ce qui change pour les nutricosmétiques
Novel Food, allégations santé, dose-substance : trois décisions EFSA et SCCNFP récentes qui rebattent les cartes des nutricosmétiques beauté en Europe.
L'EFSA consolide sa position sur trois fronts qui touchent directement les marques D2C beauté qui vendent des nutricosmétiques en Europe. Le point de situation à mi-2025 est le suivant.
Novel Food : la liste s'étoffe, les lacunes aussi
Le règlement Novel Food s'applique aux ingrédients consommés en Europe avant mai 1997. Pour une marque qui lance un nouvel extrait végétal ou un peptide rare, c'est le premier verrou. Trois points pratiques :
- La consultation publique EFSA reste le canal d'entrée : une autorisation met 18 à 30 mois en moyenne, parfois plus.
- Les substances déjà notifiées par un autre opérateur peuvent être reprises, mais le dossier doit citer explicitement l'autorisation parente et les conditions d'usage.
- Le statut d'un ingrédient sur la liste Novel Food n'est pas rétroactif : un produit mis sur le marché avant l'autorisation reste susceptible de retrait si l'EFSA conclut à la nécessité d'un dossier.
Pour les marques D2C qui importent des formules US ou asiatiques, c'est le premier point d'attention réglementaire. Une marque qui se retrouve avec un ingrédient non listé en Europe n'a aucune marge : le retrait est obligatoire.
Allégations santé : le cadre se durcit
Le règlement 1924/2006 interdit implicitement toute allégation santé non autorisée sur les denrées alimentaires (les nutricosmétiques en relèvent). En 2024-2025, l'EFSA a publié plusieurs avis défavorables sur des allégations « anti-aging cutané » non documentées :
- Actifs végétaux antioxydants : allégations « protège la peau du vieillissement » rejetées faute de lien causa-direct dans les dossiers soumis.
- Collagène hydrolysé : quelques allégations spécifiques restent sur la liste positive, mais l'élasticité cutanée passe par un dossier solide.
- Acide hyaluronique oral : pas d'allégation santé autorisée à ce jour pour la voie orale.
Conclusion pratique : les marques D2C doivent construire leur communication sur des allégations « bien-être général » ou « soutient » plutôt que sur des allégations santé directes. Le wording marketing compte autant que la formule.
Étiquetage, composition, traçabilité
Le règlement 1169/2011 impose la déclaration de tous les ingrédients, allergènes et additifs. Trois points spécifiques pour les nutricosmétiques :
- Les excipients (gélatine, cellulose, stéarate de magnésium) doivent figurer nominativement, pas sous une dénomination générique.
- Les doses par portion doivent être exprimées en mg/jour et non en pourcentages d'AJR quand l'AJR n'est pas défini pour la substance.
- La traçabilité lot-par-lot est attendue par les autorités nationales, surtout quand un ingrédient est simultanément déclaré comme cosmétique et alimentaire.
Pour résumer : le cadre réglementaire des nutricosmétiques beauté en Europe est strict, mais prévisible. Les marques qui prennent le temps de qualifier chaque ingrédient et chaque allégation passent le filtre sans accroc. Les autres finissent listées dans les retraits RASFF —.publics, visibles sur Google, et durables dans la mémoire des communautés consommateurs.